Interview SAID #2

SAID ayant déjà répondu à une « interview classique », il va se prêter au jeu du portrait chinois. Merci à lui.     Si tu étais un style ou un genre littéraire ? Si j’étais un genre littéraire, ce serait la science-fiction, au sens le plus large possible du terme. J’aime la curiosité dont elle fait preuve et la façon avec laquelle elle observe le monde.   Si tu étais un art ? Un art martial.   Si tu étais un livre ? « Les thanatonautes » de Bernard Werber.   Si tu étais une émotion ? L’anticipation.   Si tu étais un animal ? Un chat. Un vieux chat.   Si tu étais un végétal ? Un asparagus.   Si tu étais un sens ? De gauche à droite.   Merci SAID. Nous allons finir par quelques questions concernant tes écrits découverts dans ce numéro :  Tu as été sélectionné pour ce septième numéro avec ta nouvelle « Neurocop », peux-tu expliquer sa genèse ? J’ai voulu écrire une histoire qui puisse me permettre de mettre en scène l’utilisation de l’intelligence artificielle par la police, avec ses avantages et ses faiblesses, dans un futur pas clairement identifiable, mais qui reste assez proche de nous. Ayant personnellement travaillé avec des chatbots, ces logiciels avec lesquels on peut entretenir une conversation, ne serait-ce que par messagerie, j’ai eu envie de les imaginer négociateurs lors d’une prise d’otage. L’incroyable capacité des ordinateurs à traiter énormément de données a inspiré Neurocop. L’été caniculaire de 2018 a généré ce futur brûlant où l’eau est si rare qu’on braque les lieux qui en stockent. Le tout a permis de former une ambiance particulière que j’ai été ravi de partager avec les lecteurs de L’IDP !   Tu nous présentes ton projet « Horizons parallèles », peux-tu nous raconter ce qui t’a inspiré ? Horizons parallèles est un projet consistant à écrire une nouvelle par semaine pendant un an. L’idée d’un tel marathon provient de l’écrivain américain Ray Bradbury (Fahrenheit 451, Les chroniques martiennes) qui a dit : « Mieux vaut écrire une nouvelle par semaine pendant un an que de passer l’année à écrire un roman… car on peut se rendre compte en bout de course que son roman est mauvais, alors qu’il est pour ainsi dire impossible d’écrire cinquante-deux mauvaises nouvelles d’affilée. » Nombre d’auteurs ont pris Ray Bradbury au mot et ont décidé de relever le défi. C’est mon cas ! Horizons parallèles a commencé le 1er septembre 2018. Cette semaine, les lecteurs de L’IDP et les autres pourront se rendre sur https://saidwords.org pour découvrir la 33e nouvelle ! Mon projet a ceci de particulier que chaque histoire est publiée sous les licences libres CC BY-SA et Art Libre, qui laissent une grande liberté de création à celles et ceux qui voudraient s’inspirer de mon travail. Toutes les nouvelles sont disponibles gratuitement ! Celles et ceux qui le souhaitent peuvent marquer leur soutien grâce à des microdons sur Tipeee (https://tipeee.com/s-a-i-d) ou Liberapay (https://liberapay.com/SAID).   Vous pouvez lire Neurocop dans L’Indé Panda n°7. Retrouvez SAID et son projet Horizons parallèles sur son blog.

Interview S A I D

C’est S A I D qui ouvre le bal des interviews pour ce troisième numéro de L’Indé Panda ! Merci à lui ! Tu as été sélectionné pour ce troisième numéro avec ta nouvelle « Éternicide », peux-tu expliquer sa genèse ? On entend parfois les gens dire qu’ils aimeraient qu’un instant dure toujours. Pendant l’été 2015, j’ai vécu un de ces moments précieux, et je me suis demandé ce que donnerait un monde où il serait possible d’en arriver là, de stopper net sa vie en échange du maintien de ce sentiment de bonheur. L’idée d’« Éternicide » venait de germer dans mon esprit. Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ? J’aime parler des gens. De ce qu’un changement dans le quotidien, idéologique ou technologique, pourrait changer dans notre façon d’appréhender la vie, la mort, nos relations… Je m’inscris volontiers dans le registre de la science-fiction, au sens le plus large qui soit : celui du changement technologique qui amène les gens à penser, à agir différemment. Mais les idées qui viennent ne respectent pas scrupuleusement ce cadre, et tant mieux. Ma première nouvelle, Quatre moi en mer, ou plus récemment Hamoc ne respectent pas du tout cette idée première. Mais à leur façon, elles remettent en cause la réalité et notre vision de l’existence, quand elle se fait trouble ou qu’elle est mise en danger.   Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?  Mon plus ancien souvenir d’écriture est un exercice collectif que nous avions réalisé à l’école primaire, quand je devais avoir neuf ans. Nous devions tous ensemble créer un livre objet qui serait exposé à la bibliothèque locale. Je me rappelle avoir adoré cet exercice et donné beaucoup d’idées. C’était une histoire de pirates cachant un trésor, qui s’avérait être l’histoire elle-même.   Quel est ton rythme d’écriture ? Lent, malheureusement. Je n’ai pas de créneau, de moment particulier du jour ou de la semaine prévu pour l’écriture, ce qui faciliterait pourtant les choses, probablement. Mais j’espère parvenir à mieux organiser ce temps, et pouvoir publier un peu plus.   Comment construis-tu ton travail ? Cela dépend. En principe, j’essaie d’imaginer un contexte original. Et à l’intérieur de ce contexte, de ce monde différent, j’incorpore des personnages dont l’existence personnelle est troublée par cet environnement. Mais parfois, ce n’est pas si simple. Il arrive qu’on imagine une scène hors de tout contexte, qu’on trouve géniale, et qu’il faille seulement trouver une histoire à construire autour. Pour les nouvelles, j’écris sans plan. Mais la science-fiction impose de devoir au préalable se mettre au clair avec le contexte choisi. Décrire des actions hors de nos habitudes quotidiennes demande de la réflexion, et de la rigueur pour qu’au final tout se tienne et semble crédible.   Plutôt nouvelle ou roman ? Plutôt nouvelle. J’aime la force et l’intensité des textes courts. Il faut arriver à raconter son histoire sans tourner autour du pot, en tout cas pas plus que nécessaire. Et puis, quand on a peu de temps pour écrire, la nouvelle apporte quelque chose de satisfaisant, puisqu’on peut régulièrement se changer les idées, passer à autre chose. Je trouve aussi que c’est un excellent moyen de découvrir un auteur.   Pourquoi être indépendant ? Je suis devenu indépendant pour plusieurs raisons. J’en avais assez d’écrire des nouvelles que personne, ou presque, ne lisait. Et je ne suis pas parvenu à faire publier mon roman « Post Mortem, Inc. » par le biais classique. Mais je voulais raconter ces histoires, les partager. La voie de l’indépendance est devenue une évidence. Ainsi que celle de la gratuité.   Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ? Pouvoir diffuser des formats difficilement publiables par le biais classique, comme la nouvelle. Pouvoir être lu gratuitement. Pouvoir choisir et concevoir mes couvertures. Avoir des retours assez directs des lecteurs… On garde une certaine maîtrise de l’objet dans son ensemble, et c’est très plaisant.   À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ? Le revers de la médaille, c’est de devoir passer beaucoup de temps à faire autre chose qu’écrire. Préparer son texte à la conversion, gérer son site, ses tweets… Tout ce qui fait qu’on peut être suffisamment « connu » pour avoir des lecteurs autrement que par hasard.   Quel type de lecteur es-tu ? J’achète plus de livres que je n’en lis. Surtout de la science-fiction, mais pas seulement. De temps en temps, je télécharge une nouvelle d’un auteur du web, et la lis, comme j’espère que de plus en plus de gens le feront. J’aime découvrir un auteur en commençant par ses nouvelles, je trouve que cela en donne un très bon aperçu.   Dans ce numéro 3 de L’Indé Panda, tu nous présentes ton roman « Post Mortem, Inc », peux-tu me raconter ce qui t’a inspiré ? Au départ, « Post Mortem, Inc. » est une nouvelle, que j’ai écrite à l’âge de 16 ans. C’était le début des réseaux sociaux, on commençait à entendre parler des futures tablettes… J’ai essayé de m’interroger sur ce que le numérique pouvait changer à notre rapport à la mort. Le sujet était passionnant, et dépassait largement le cadre d’une nouvelle. J’ai décidé d’en faire un roman, que j’ai écrit, et réécrit plusieurs fois… J’ai fini par décider de le publier en sept parties, gratuitement, comme mes nouvelles. Je trouve qu’on voit que c’est un premier roman, antérieur à mes autres textes… Mais cela lui donne une fraîcheur, des défauts, mais aussi des qualités, comme un premier album.   Pour finir, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ? L’Indé Panda, c’est l’opportunité pour les auteurs indépendants d’être lus hors de leur cercle habituel. De découvrir d’autres auteurs aussi. J’espère également que cette initiative permettra de faire lire de l’autopublication à un public qui n’y est pas forcément habitué, et qui n’ose pas encore rechercher de nouveaux auteurs par lui-même. Question bonus posée par notre lectrice Charlie Celine sur notre page Facebook : « J’imagine très bien cette histoire en épisode de la série Black Mirror ? Que dirais-tu… Poursuivre la lecture Interview S A I D