Interview Mélanie De Coster #2

Mélanie ayant déjà répondu à une interview « classique », elle va se prêter au jeu du portrait chinois. Merci à elle.   Si tu étais un style ou un genre littéraire ? Le young adult (parce que je ne vieillis pas. Syndrome de Peter Pan ON. Mais surtout parce que j’ai envie de continuer à évoluer sans me prendre trop au sérieux.)   Si tu étais un art ? La photographie. Qu’est-ce que j’aime regarder autour de moi et admirer les paysages…   Si tu étais un livre ? Peut-être La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski. Parce que ce livre va dans tous les sens et qu’on n’est jamais vraiment sûr de l’avoir compris entièrement, qu’il contient toujours d’autres choses à découvrir.   Si tu étais une émotion ? Est-ce que le fait de rougir sans avertissement est une émotion ? Non ? Sinon quelque chose entre l’émerveillement et la mélancolie (je vous ai déjà dit que je ne faisais rien simplement ?).   Si tu étais un animal ? Un loup. Parce qu’il est à la fois sauvage et fidèle, en meute et solitaire, qu’il est à sa place dans la nature, mais qu’il peut se domestiquer. Et parce qu’il est beau, d’abord. (Bon, mes collèges des auteurs indépendants du Grand Ouest me rappellent de ne pas oublier de dire que je suis aussi une loutre. Mais ça, c’est juste pour mes livres).   Si tu étais un végétal ? Le lierre. Parce qu’il s’accroche, et qu’il grimpe, et qu’il repousse, quel que soit le support près duquel il est.   Si tu étais un sens ? La vue. C’est LE sens dont je ne pourrais pas me passer. Et puis, j’aime bien observer les choses et les gens à distance (même si je suis de plus en plus myope avec le temps qui passe, hélas).   Merci Mélanie. Nous allons finir par quelques questions concernant tes écrits découverts dans ce numéro :  Tu as été sélectionnée pour ce neuvième numéro avec ta nouvelle « Qui allez-vous appeler », peux-tu expliquer sa genèse ? Au départ, je voulais écrire une nouvelle sur les limites, l’enfermement. Mais aussi sur la peur de l’autre, l’étranger, celui qui est de l’autre côté. L’idée de la frontière de sel m’est directement venue de Supernatural (oui, on a les références que l’on mérite). J’ai choisi un compte à rebours temporel pour rythmer un peu plus l’action, et induire une tension supplémentaire. Cette héroïne va-t-elle réussir à se protéger des envahisseurs ? Et doit-elle vraiment le faire ? Ce concept de « l’ennemi n’est pas toujours celui que l’on croit » est un thème récurrent dans mes textes, même s’il est ici montré d’une autre manière.   Tu nous présentes ton roman « L’attraction de la terre », peux-tu nous raconter ce qui t’a inspirée ? L’Attraction de la terre est une suite indépendante d’un de mes précédents romans, Le Secret du vent. Il peut se lire à part, mais on y retrouve le même lieu et un grand nombre des personnages. Ainsi que des nouveaux. Je trouvais intéressant de pouvoir montrer l’évolution de la société, des gens, tout en écrivant des titres différents. On retrouve là la crainte de l’autre, du différent, à travers les sorcières qui rejettent un pouvoir qui n’est pas identique au leur. Mais aussi via le personnage principal, Max, qui doit accepter son homosexualité au début des années 80, une époque où elle venait juste d’être dépénalisée en France. Je voulais montrer à quel point cela peut sembler ridicule de vouloir éliminer ce qui semble différent, et aussi comment cela peut être dévastateur pour tout le monde. Le tout dans un univers totalement fictionnel, avec beaucoup d’action. Le mélange entre les éléments surnaturels et réels (j’ai été jusqu’à me documenter sur les horaires des navettes maritimes vers l’île de Sein à l’époque) a été particulièrement plaisant à travailler, tout comme la construction des personnages. J’ai pris un pari en choisissant d’un côté Gwenaëlle, une quarantenaire qui se demande si elle n’est pas passée à côté de sa vie, et Max, un adolescent qui a tout à découvrir. Et finalement, ce roman parle à toutes les tranches d’âge, donc c’est que le pari est réussi.   Découvrez « Qui allez-vous appeler » dans L’Indé Panda 9. Lisez « L’attraction de la terre » sur Amazon. Suivez Mélanie De Coster sur Facebook.

Interview Mélanie De Coster

Mélanie a accepté de répondre à nos questions, merci à elle !   Tu as été sélectionnée pour ce quatrième numéro avec ta nouvelle Lundi matin, peux-tu expliquer sa genèse ? J’ai rédigé Lundi matin en pensant à tous ces jours où l’on commence à travailler en ayant l’impression que rien de nouveau ne se passe dans notre vie. Cette nouvelle représente toute l’horreur contenue dans la litanie « métro-boulot-dodo », comme un cycle infernal dont il est impossible de s’échapper, quels que soient nos efforts. Et, pour être tout à fait honnête, je l’ai rédigée un jour où je n’avais vraiment pas envie de me rendre sur mon lieu de travail, alors que je me sentais presque prise au piège dans celui-ci. C’était il y a quelques années, mais cette expérience d’écriture fut un excellent exutoire !   Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ? De manière générale, je me suis toujours sentie plus à l’aise dans le fantastique, sans doute parce qu’il permet plus de liberté. J’adorerais par exemple rédiger des romans historiques, mais je ne serais jamais sûre de faire porter les bons vêtements à mes personnages ! Tandis que si je place mon histoire dans un monde parallèle, personne ne viendra me dire « non, mais attends, ils mangent des flocons d’avoine violets, c’est totalement impossible ! ». J’aime bien pouvoir faire ce que je veux quand j’écris, même si je me tiens toujours à la logique de l’univers créé. (Et je dis ça alors que l’un de mes derniers projets d’écriture est bel et bien historique… et que j’ai adoré me documenter ! Mais j’ai toujours cette crainte que l’on me traite d’imposteur si je me suis trompée sur un fait ou l’autre…) Sinon, dans mes histoires, j’aime bien essayer de faire bouger les lignes. Souvent d’une manière subtile, mais j’espère qu’en lisant mes textes, les gens se diront, au minimum, qu’il ne faut jamais juger quelqu’un d’autre au premier regard, ou sur un préjugé… Je crois que c’est vraiment le message principal de la plupart de mes écrits.   Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ? Quand j’ai commencé à écrire ? À la naissance, c’est une réponse qui vous convient ? Je ne pourrais pas dire quand j’ai commencé à écrire. J’ai des souvenirs de moi, toute jeune, en train de raconter des histoires ou de les dicter pour qu’elles soient notées. À l’adolescence, je racontais des scénarios invraisemblables à mes camarades d’école. Je me revois encore dans le train en train de faire une excursion, avec l’école ou avec les scouts, avec plusieurs personnes au tour de moi qui attendait que je leur fasse passer le temps de cette manière… J’ai commencé à dire que je serais écrivain alors que j’étais encore à l’école primaire, ce qui est très présomptueux, quand on y pense. Et j’ai toujours gardé le début de manuscrit de mon premier « roman », une histoire de science-fiction qui se déroulait sur une planète bleue… mais réellement toute bleue. J’avais 11 ans, c’était l’été, et je n’ai jamais continué cette histoire après septembre. Mais quand je la relis, je suis au moins fière d’une chose : j’utilisais du passé simple et il n’y avait presque pas de fautes d’orthographe… C’était déjà pas mal, pour un début, non ?   Quel est ton rythme d’écriture ? Il peut être très variable. Pour tout dire, pendant presque dix ans, je n’ai quasiment plus rien écrit. Mes filles étaient petites, et je me consacrais à elles. J’avais pourtant de nombreux projets à l’époque, mais je ne parvenais plus à retrouver l’espace mental nécessaire pour écrire. Puis on a déménagé, j’ai maintenant une pièce rien que pour moi, qui me sert de bureau… Et je me suis remise dans le bain avec un Nanowrimo. 50 000 mots écrits sur un mois. J’en suis ressortie épuisée, mais surtout avec la conscience qu’écrire m’avait vraiment manqué. C’était comme si je recommençais à respirer ! Depuis, j’essaye d’écrire à peu près tous les jours et, en tout cas, de ne pas laisser passer trop de temps entre mes périodes d’écriture. Sinon mes personnages s’endorment et prennent la poussière, et ils détestent cela autant que moi !   Comment construis-tu ton travail ? Aïe… Je ne le construis pas, je le plante. Si on suit la grande théorie des écrivains architectes ou jardiniers, je suis plutôt une jardinière. En réalité, j’ai une trame générale dans la tête, je sais où je veux amener mes personnages, quelques endroits ou scènes par lesquels ils devront passer par y arriver, mais dans l’ensemble, je les laisse vivre leur vie. Par contre, avant de commencer à leur donner la parole, je prends du temps à construire leur univers, à déterminer son fonctionnement, à faire connaissance aussi avec ces personnages, pour connaître leurs forces et leurs faiblesses… Je prends souvent plein de notes que je n’utilise pas ensuite !   Plutôt nouvelle ou roman ? Plutôt roman. J’ai été très nouvelle pendant des années, mais depuis que je suis venu au bout de mon premier roman, je suis tombée désespérément amoureuse de ce format. J’aime avoir le temps de construire mon histoire, passer de nombreux mois en compagnie de mes personnages, à avancer avec eux… Les nouvelles, ce sont des formats courts extraordinaires, mais j’ai plus de mal maintenant à y retrouver ma place.   Pourquoi être indépendant ? Parce que cela permet une certaine rapidité, une grande liberté aussi (oui, c’est un mot que j’utilise souvent). Après, je suis un auteur hybride, j’ai aussi été éditée en format « traditionnel » et, à chaque titre, je me pose la question : je le propose tout de suite aux lecteurs ou d’abord à des éditeurs… Choisir, c’est toujours renoncer…   Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ? Le fait de pouvoir choisir son titre, sa couverture, la manière dont on communique avec les lecteurs. La rapidité aussi : le circuit classique de l’édition peut être assez long.   À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ? Si je vous dis : « le… Poursuivre la lecture Interview Mélanie De Coster