Interview Benoit Toccacieli #2

Benoit ayant déjà répondu à une interview « classique », il va se prêter au jeu du portrait chinois. Merci à lui. Si tu étais un style ou un genre littéraire ? Contemporain. Un personnage ordinaire qui mène une existence ordinaire, ça me va bien ! Si tu étais un art ? La photo, pour permettre de contempler et savourer les innombrables détails d’un simple instant. Si tu étais un livre ? Une couverture toute simple, et 1 000 pages blanches à l’intérieur, prêtes à recevoir toutes les histoires. (je ne vois pas quel ‘vrai’ livre pourrait couvrir à lui seul toute la palette d’humeurs et d’émotions) Si tu étais une émotion ? La peur, peut-être. Celle qu’on peut surmonter, celle qui fait grandir, celle qui précède les plus belles fiertés, qui nourrit les plus solides souvenirs. Si tu étais un animal ? Mon chat. Même si ça m’ennuierait de bouffer que des croquettes et de plus pouvoir goûter au chocolat. Si tu étais un végétal ? Un cerisier ? Si tu étais un sens ? L’équilibrioception (le sens de l’équilibre). Merci Benoit. Nous allons maintenant te poser quelques questions concernant tes écrits découverts dans ce numéro : Tu as été sélectionné pour ce treizième numéro avec ta nouvelle Et la lumière fut, peux-tu expliquer sa genèse ? Je voulais d’abord écrire une scène du point de vue d’un aveugle, pour m’obliger à décrire les lieux autrement que par la vue. Je voulais ensuite travailler l’idée du trauma enfoui, de comment un événement du passé peut forger une identité sans qu’on en ait conscience. J’ai lié ces deux envies après avoir rencontré un hypnotiseur (pour m’aider à construire un personnage crédible dans un projet de roman) : il m’a livré une anecdote d’un aveugle recouvrant la vue d’une manière vaguement analogue à celle-ci. Tu nous présentes ton recueil Labyrinthes intérieurs, peux-tu nous raconter ce qui t’a inspiré ? À la base, il s’agissait d’exercices de style, en réponse à des appels à textes dans des revues de nouvelles (certains ont été publiés dans d’autres revues, j’ai fait des infidélités aux pandas). Je voulais utiliser le format court pour un double travail, à la fois sur la forme et sur le fond, pour préparer un roman sur le thème de la mémoire (ce roman a été abandonné à mi-chemin pour diverses raisons). Comme j’étais content du résultat, j’ai voulu le clore ‘proprement’ en auto-éditant tous les textes dans ce recueil. Pour finir, peux-tu me parler de ton actualité ? Une sortie récente, un projet sur lequel tu travailles ? J’ai plusieurs projets en parallèle.Je commence à proposer une version « live » du recueil Labyrinthes Intérieurs : je lis 8 de ses nouvelles en musique, dans des cafés ou des médiathèques. J’ai composé moi-même la bande sonore, que je joue au clavier et à la basse, en direct.Deux romans ont été terminés récemment. Chacun à leur manière, ils traitent d’un même thème : le deuil. Je les destine à l’édition ‘traditionnelle’ (j’ai d’autres priorités qui m’empêchent de consacrer à l’auto-édition tout le temps et l’énergie qu’elle nécessite). Comme je suis très tatillon sur le choix des maisons d’édition, ça pourra prendre un certain temps avant de déboucher, mais je suis patient.Deux autres romans sont prêts à démarrer. J’ai les idées claires sur le fil conducteur, les personnages, la forme narrative ; le chapitrage est déjà pré-tracé, et j’ai déjà écrit quelques grosses dizaines de pages d’exercices pour chacun. Le premier sera la suite d’un roman précédent (y, pour ceux qui me suivent) : une course-poursuite absurde et rocambolesque au milieu des monts du Cantal. Le second sera plus mélancolique, et tournera autour de la question du harcèlement. Commandes Labyrinthes Intérieurs en librairie : Suivez Benoit Toccacieli sur :

Interview Benoit Toccacieli

Benoit Toccacieli a accepté de répondre à nos questions. Merci à lui ! Tu as été sélectionné pour ce onzième numéro avec ta nouvelle Le futur Goncourt, peux-tu expliquer sa genèse ? Je commençais à travailler sur un projet de roman dans un nouveau genre, mais je peinais à avancer. Pour m’exercer et établir une routine d’écriture, j’ai commencé à me défouler les doigts et le clavier sur des textes sans prétention, au sujet d’un narrateur qui me ressemble : souvent perdu dans ses pensées, en train de rêver des scénarios à partir de tout et n’importe quoi ou de rejouer des scènes vécues en agissant autrement (ah, ce chef auquel on aurait aimé dire M*rde, cette personne qu’on aurait aimé aborder, ce mot qu’on regrette d’avoir prononcé au mauvais moment, …). Après les avoir utilisés comme exercices d’écriture, je les ai pris comme exercices de correction pour affiner certains détails de style grâce à l’aide de bêta-lecteurs hyper pointilleux (merci Scribay !). Et finalement, pour m’autoriser à passer à autre chose, je les ai regroupés dans un recueil pour les considérer comme terminés. Le futur Goncourt est le premier texte du recueil. Le narrateur, William, y est encore jeune et étudiant, plein de rêves, notamment celui d’être un jour édité dans une grande maison et reconnu pour ses talents d’auteur. Je cherchais une situation qui me permette de jouer sur le contraste entre ce fantasme et la réalité, et j’ai fait de ce pauvre William un coursier à vélo qui galère pour payer ses études et le loyer de sa chambre de bonne. Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ? Oui : la littérature générale. Pour mon dernier roman, j’ai essayé d’en sortir et d’aller vers la SF (dystopie). Après moult essais, je suis revenu dans ma zone de confort : les messages de fond que je souhaitais véhiculer à travers l’intrigue s’y exprimaient mieux, avec plus de subtilité et de clarté (à mon goût). J’ai quand même réussi à y intégrer une dose de polar ! J’ai deux dadas qui dessinent le fond de tous mes ouvrages (quatre romans et deux recueils de textes courts) : – la parentalité. En tant que père au foyer, je me pose pas mal de questions vis-à-vis du lien parent-enfant, et la fiction est un moyen pour moi d’en explorer des réponses. Tous mes personnages ont donc vécu un ‘traumatisme’ ou une rupture avec leurs parents ou leurs enfants : cela me permet d’explorer leurs réactions et d’apprendre d’eux – l’imagination, et en particulier la frontière entre réalité et fiction, autour de questions telles que « dans un livre, où s’arrête l’une et où commence l’autre ? » ; « la réalité d’un personnage fictif est-elle plus ‘réelle’ que son imagination ? » ; « un rêve ou fantasme qui procure des émotions est-il moins réel qu’un quotidien fade ? » ; … Dans mon dernier roman, cela se traduit aussi dans une dimension symbolique, où, au-delà de l’intrigue, les différents personnages et éléments du récit représentent une allégorie de mon processus créatif. Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ? Je me rappelle avoir écrit un recueil de ‘poésie’ quand j’étais au primaire. Ma maîtresse (d’école, je précise, si jamais ma femme me lit…) de l’époque m’a proposé de le relier et de le laisser dans la bibliothèque de l’école. Je me souviens juste d’une strophe particulièrement ‘riche’ : Le calcaire se colle partout, mais c’est vraiment tout pour vous, car il se colle surtout là où il y a des remous (inspiration tirée d’une rivière qui passait près de ma maison…). Après ça, j’ai écrit en dilettante. Des correspondances (deux A4 par semaine avec une fille du collège que je n’ai jamais osé aborder en vrai), des pensées, des réflexions philo, des ébauches de roman (dont une dans laquelle j’ai épousé – de façon fictive – ma correspondante du collège)… Et puis un premier roman ‘abouti’, L’Évasion, un peu avant mes 30 ans.  Quel est ton rythme d’écriture ? Pour mon dernier roman, j’écrivais tous les jours pendant la sieste des enfants (de 14h à 16h) et en fin de soirée (21h-23h). J’ai tenu trois mois à ce rythme, puis ma routine a faibli, la faute aux aléas de la vie. Maintenant, je consacre toujours environ 2h par jour à l’écriture, toujours autour de la sieste de mon petit, que ce soit pour écrire, corriger, lire autre chose, … Mais je ne vois pas ça comme une obligation (surtout quand mon chat réclame du câlin sur le même créneau : il a la priorité sur mes personnages imaginaires). Comment construis-tu ton travail ? Méticuleusement. L’architecture est la partie que je préfère dans l’écriture. J’y passe des mois avant de démarrer le premier jet, le temps de noter toutes les bribes d’idées, les rebondissements, les esquisses de dialogue que je répète sous la douche ou avec mon chat, les évolutions des personnages… J’agence tout ça sur un fichier Word un peu compliqué, j’utilise un tableur pour noter la « tension narrative » de chaque chapitre pour évaluer la dynamique du rythme du récit, je recorrige et réagence la trame, j’ajoute encore des idées qui me viennent en m’endormant, je complète les idées (jusqu’à avoir l’équivalent d’un à deux gros paragraphes pour présenter chaque chapitre)… Puis je laisse mariner quelques mois, et j’utilise ça comme base pour le premier jet. Ce cadre (centré sur l’intrigue) m’aide à être à l’aise en écrivant, à ne pas perdre de temps à savoir comment je vais commencer à écrire mon passage du jour, et surtout à laisser vraiment libre cours à mon imagination dedans pour tout ce qui concerne les personnages. Néanmoins, ceux-ci me font souvent (toujours ?) dévier de ma trame… Ainsi, après chaque chapitre écrit, je réajuste en fonction des nouvelles orientations dictées par les personnages (et j’adore ça : c’est l’occasion de ‘discuter’ avec eux, de comprendre et d’affiner leur psychologie, d’apprendre leur passé et leurs raisons d’agir). Plutôt nouvelle ou roman ? Roman, sans hésiter. Je préfère construire une évolution d’intrigue et de personnages que viser une chute. J’aime suivre

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