Cyrille a accepté de répondre à nos questions. Merci à lui !
Tu as été sélectionné pour ce douzième numéro avec ta nouvelle Mozart est là, peux-tu expliquer sa genèse ?

En fait, je me suis vraiment mis à l’écriture en découvrant qu’il existait des concours de nouvelles. Ensuite, pendant un an, j’ai participé à tous ceux qui m’intéressaient. Mozart est là est le premier texte que je n’ai pas écrit pour un concours, donc le premier pour lequel je n’ai pas eu besoin de respecter des contraintes (de thème ou de nombre de mots).
Malgré tout, comme je suis un peu maso, je me suis moi-même imposé une contrainte. J’avais été souvent frustré au moment de choisir le titre de mes nouvelles : peu d’entre eux trouvaient pleinement grâce à mes yeux. Donc, pour celle-ci, je suis parti d’un titre que je m’étais noté dans un coin, quelque temps auparavant, car je le trouvais amusant. Et ensuite, j’ai tenté de créer une histoire qui s’adaptait à ce titre. J’ai trouvé ce procédé très stimulant.
Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?
J’écris des histoires que j’aurais envie de lire. J’ai besoin de suspense, de mystère, d’aventure… Je me revendique pleinement d’un auteur qui a écrit plus de deux cents romans dans sa longue et prolifique carrière. Il s’agit d’Henri Vernes, le créateur de Bob Morane. Quand j’étais jeune, j’ai passé des heures et des jours à rechercher toutes les anciennes éditions de ses aventures. Je m’en suis nourri et ce que j’écris aujourd’hui en contient forcément des traces.
Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?
Dès l’âge de 13-14 ans, j’ai tenté d’écrire des romans. Mais, chaque fois, j’ai abandonné au bout de quelques pages. Cette envie d’écriture est restée au fond de moi pendant plus de trente ans. Puis fin 2016, j’ai découvert les concours de nouvelles. J’ai participé une première fois, sans être primé, mais en écrivant une histoire dont j’étais très content. Elle s’intitule Le sapin de Noëlle et contient une des chutes dont je suis le plus fier. Je l’ai d’ailleurs présentée à un autre concours, un an plus tard et, cette fois-ci, elle a obtenu un prix.
Quel est ton rythme d’écriture ?
En ce qui concerne l’imagination (inventer des histoires ou des péripéties), mon cerveau y travaille en permanence et je suis capable de faire murir une idée pendant des mois avant de trouver la bonne façon de la traiter. Mais pour l’écriture, c’est beaucoup plus laborieux, car j’ai besoin d’être bien dans ma tête pour y parvenir. J’alterne donc entre des périodes où je suis incapable de sortir quoi que ce soit et d’autres où les mots jailliront tous seuls, comme par magie. Dans ce cas, je peux passer entre deux et quatre heures par nuit à écrire. Par contre, entre mes deux derniers romans, il s’est écoulé une période d’un an et demi sans la moindre envie.
Comment construis-tu ton travail ?
Pour écrire un roman à suspense avec une intrigue travaillée, il faut forcément beaucoup de préparation.
La première étape dure environ un an : recherches, création et maturation de l’intrigue, puis rédaction d’une première trame.
Quand tout est fin prêt dans ma tête, je rédige un séquencier. Il s’agit d’une description plus ou moins détaillée du contenu de chaque chapitre.
Ensuite, il me faut environ un an pour écrire un premier jet. Celui-ci est centré sur l’histoire, avec beaucoup plus de dialogues que de descriptions. L’objectif est de vérifier que l’intrigue et le rythme fonctionnent.
Pour terminer, j’ai besoin de 4 à 5 mois supplémentaires pour prendre en compte les retours de mes précieuses bêta-lectrices, rééquilibrer les dialogues et les descriptions, ajuster les interactions entre les personnages et intégrer les corrections.
Plutôt nouvelle ou roman ?
L’immense avantage de la nouvelle est que l’on peut obtenir un résultat en quelques semaines, voire quelques jours. Le gros problème, c’est que peu de lecteurs (en France, en tout cas) sont prêts à payer pour lire des nouvelles.
Pour le roman, c’est tout le contraire : attendre entre un et deux ans pour avoir le résultat fini entre les mains peut parfois s’avérer décourageant. Mais en contrepartie, le lectorat potentiel est beaucoup plus large.
Donc, même si les nouvelles m’ont clairement aidé à débuter dans l’écriture, je ne pense pas y revenir. Tous les projets que j’ai actuellement dans mes cartons sont des romans.
Pourquoi être indépendant ?
Ma première publication a été un recueil de nouvelles. Vu le peu d’attrait des lecteurs pour ce genre, je ne me suis même pas posé la question de trouver un éditeur. Certes, comprendre tous les rouages de l’autoédition m’a demandé pas mal de temps et de recherches, mais quand on a franchi tous les obstacles une première fois, on n’a qu’une envie, c’est de recommencer. Ce que j’ai fait avec mon premier roman.
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?
On décide tout de A à Z pour créer son livre : le format, la couverture, le prix, la taille des caractères et surtout, la date de sortie. Et en ce qui concerne le contenu, on est également libre à 100%. Quand un bêta-lecteur nous fait des remarques, on a le choix de prendre en compte ses conseils… ou pas.
L’aspect marketing est également sympa. Si on a envie de créer un objet publicitaire, on n’a pas un financier qui viendra nous expliquer que c’est impossible.
À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?
Quand on se lance dans l’autoédition, l’objectif est évidemment de trouver des lecteurs et de vendre des livres. Or, nous sommes des milliers à avoir ce même rêve. Il est donc très difficile de ne pas se retrouver noyé dans toute cette production.
Se faire connaître est définitivement la partie la plus difficile et la plus ingrate. C’est malheureux, mais tout auteur qui va se lancer doit savoir qu’il devra consacrer la moitié de son temps à la promotion. Les réseaux sociaux ont beaucoup d’avantages, mais ils peuvent vite s’avérer chronophages…
Il faut aussi être conscient qu’il existe un effet boule de neige : c’est bien plus facile de vendre des livres quand on en a déjà publié plusieurs et fidélisé un lectorat. Il ne faut donc surtout pas se décourager au début et s’armer de patience.
Quel type de lecteur es-tu ?
J’ai lu énormément quand j’étais enfant. Tous les classiques du roman policier : Maurice Leblanc, Agatha Christie, Conan Doyle. Beaucoup de science-fiction : Isaac Asimov, Arthur C. Clarke, Barjavel, H.G. Wells. Plus tard, j’ai également dévoré tous les Stephen King et les James Ellroy.
Je lis beaucoup moins maintenant et encore moins quand je suis en période d’écriture (si ce n’est des ouvrages et des revues pour me documenter). Sinon, quand j’ai un peu plus de temps, j’aime bien Michel Bussi, Franck Thilliez, Dan Brown… Sans oublier les géniales aventures de la commissaire Bombardier de mon adorable collègue autoéditée, Catherine Secq. Mais, en fait, ma passion c’est surtout la BD européenne. Et André Taymans en est mon auteur favori.
Dans ce numéro 12 de L’Indé Panda, tu nous présentes ton roman La mémoire de l’art, peux-tu me raconter ce qui t’a inspiré ?
Le monde de l’art m’attire depuis toujours. Dès que je passe à Paris, je vais me perdre dans les allées du Louvre. Si on y ajoute que le Da Vinci Code fait partie de mes livres préférés, je me suis dit que je pouvais utiliser le même principe tout en me focalisant sur les œuvres d’art.
J’ai donc passé un moment à décortiquer la structure du roman de Dan Brown et j’en ai tiré une histoire parfaitement ancrée dans la réalité, avec des rappels historiques, ainsi que des personnages et des lieux authentiques de façon à persuader le lecteur que tout ce que je raconte est véridique. Ce n’est que dans un second temps que je me suis éloigné du réel, mais de façon suffisamment progressive pour qu’à la fin, on puisse se demander : « Et si tout ce qu’il nous a raconté était vrai ? ».
J’ai également tenu à intégrer un maximum d’humour. Mine de rien, c’est très difficile de trouver le bon dosage : j’ai supprimé plusieurs passages que je trouvais très drôles car le rythme s’en ressentait trop.
Dis-moi, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?
L’Indé Panda, c’est une courageuse initiative pour mettre en lumière la littérature indépendante. Je remercie infiniment tous les bénévoles qui y consacrent du temps et de l’énergie.
Il est important de savoir que les auteurs qui envoient une nouvelle pour participer à l’appel à textes annuel doivent faire face à une sélection draconienne assurée par un comité de lecture (lui aussi bénévole) ultra exigeant. Parvenir à être sélectionné à la fin de ce processus représente une très grande satisfaction.
Pour finir, peux-tu me parler de ton actualité ? Une sortie récente, un projet sur lequel tu travailles ?
Je suis actuellement en pleine phase d’écriture de la suite de « La mémoire de l’art ». Les fans de Louise et Max pourront les retrouver dans « La porte des lions » en novembre 2023. Je vous ferai notamment découvrir une des œuvres les plus importantes de l’histoire de l’art, mais que presque personne ne connaît, du moins en France…
Deux ans et demi d’attente, ça peut paraître long, mais ça me semble le minimum pour créer un roman de qualité quand, à côté, on a un boulot et des enfants…
Découvrez Mozart est là dans L’Indé Panda 12
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