Interview Amélie Quermont

Amélie a accepté de répondre à nos questions. Merci à elle !

Tu as été sélectionnée pour ce treizième numéro avec ta nouvelle La voix du passé, peux-tu expliquer sa genèse ?

Je suis partie d’une image de château partagée par la page de L’Indé Panda, qui m’a immédiatement parlé. Cela faisait un moment que je stagnais dans l’écriture, que j’éprouvais des difficultés à rentrer dans un récit, alors l’idée de me lancer dans un genre que je ne maîtrise pas (l’horreur) était tentante. Et puis, ayant vécu de magnifiques aventures avec des amies aussi folles qu’inspirantes, les mettre en scène dans cette nouvelle était amusant. Il n’y avait ensuite plus qu’à dérouler l’intrigue en les laissant me porter, comme elles le font dans la vraie vie.

Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ?

 Je crois être incapable de me fixer dans un genre particulier. L’écriture est, pour moi, une source de découvertes. Explorer plusieurs types d’univers, du réaliste au plus imaginaire, m’est nécessaire. C’était déjà le cas en tant que lectrice, et ce besoin de toucher à tout, ce challenge d’apprendre, chaque fois, à jongler avec de nouvelles règles, est ce qui rend l’écriture riche, à mes yeux. Je laisse les idées et envies me venir, les messages que je souhaite faire passer m’insuffler des histoires. Qui sait, peut-être que je finirai par me poser dans une niche à un moment donné !

Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ?

 La première fois que j’ai réalisé que l’écriture me plaisait, je devais être au CM2 (j’avais donc 10-11 ans). Un concours de poésie avait été organisé par l’école et j’avais reçu de nombreuses félicitations pour mon texte qui parlait de la guerre. Je ne sais plus si j’avais gagné ou non, mais je crois me souvenir que je l’avais écrit sur une feuille verte et que je l’avais entouré de petits dessins. 20 ans après, cette anecdote qui aurait pu être anodine dans une scolarité est toujours ancrée à mon esprit. Elle a marqué un tournant. Je suis passée de lectrice affamée à autrice novice. Bercée par la saga Harry Potter, comme beaucoup d’enfants de mon âge, ma première tentative de roman était une sorte de copié-collé de mauvaise qualité avec une fée à la place du sorcier, le tout sur des feuilles doubles et au stylo plume. Je crois que ces balbutiements m’ont marquée !

Quel est ton rythme d’écriture ?

Avant enfants ou en tant que maman sur les rotules ? (Rires)

En toute honnêteté, depuis la naissance de ma fille, je suis très peu productive. Entre les nuits courtes et mon travail en tant que relectrice-correctrice, je peine à rester suffisamment concentrée pour parler de rythme. C’est aléatoire et plutôt pauvre, pour le moment !

Mais quand l’énergie et le temps sont là, je suis capable d’écrire entre deux et trois mille mots par jour. Une fois la structure posée, il me faut en général moins de deux mois pour terminer le premier jet.

Comment construis-tu ton travail ?

J’ai un grand besoin d’organisation et ça se ressent dans l’écriture. En général, quand je me lance dans un projet, je crée des fiches pour chaque personnage en premier lieu, pour m’imprégner de leur personnalité, de leurs vécus, de qui ils sont, pour pouvoir mieux les incarner par la suite et pour construire l’intrigue autour de leurs spécificités.

Puis, je pose l’intrigue, je prépare un résumé global pour avoir une trame générale, du début à la fin. Mais il est hors de question que je me lance comme ça. Je fais ensuite un plan chapitre par chapitre en posant les grandes lignes (sans toutefois tout décrire pour laisser place à l’inspiration et à la visualisation du moment) ainsi que les éléments importants à intégrer (indices, révélations, éléments utiles pour la suite).

J’essaie également de faire une frise chronologique pour avoir des repères temporels qui tiennent la route, surtout quand le récit se déroule sur des périodes longues ou que les points de vue sont multiples.

Ensuite, seulement, je me sens prête à écrire mon premier jet !

Plutôt nouvelle ou roman ?

Roman, sans hésiter ! Depuis petite, j’ai toujours aimé lire de gros pavés, car je dévorais les pages par centaines. J’aime les récits détaillés, voir une intrigue prendre le temps de se mettre en place, cette immersion longue qui permet de se familiariser avec les personnages, de s’y attacher, de comprendre leur psychologie. J’aime voyager, découvrir de nouveaux endroits, être tenue en haleine pendant des heures. Et cette sensation du « encore un » le soir, qui ne peut s’éterniser que quand il y a assez de chapitres pour prolonger cet instant dans la quiétude de la nuit jusqu’à des heures indécentes. C’est ainsi que j’ai grandi et c’est ainsi que j’aime lire.

Pourquoi être indépendante ?

 Je crois que je ne serai jamais totalement indépendante, mais que le statut d’auteur hybride me conviendrait parfaitement. Alterner les projets en tant qu’indé et avec des maisons d’édition me permettrait d’avoir un équilibre entre ces deux options qui me plaisent.

Le côté indépendant, c’est pouvoir gérer l’intégralité du processus, s’affranchir des délais de réponse souvent longs des éditeurs ou d’un planning de publication dépendant de quelqu’un d’autre. C’est avoir le choix de tout, les pleins pouvoirs. Si je pense avoir besoin de cet aspect sur certains de mes écrits, les mener tous seule me paraît compliqué. Le temps que je peux consacrer à l’écriture est déjà réduit, passer la main de temps en temps ne fera que l’augmenter.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ?

  Je crois que c’est vraiment le fait de pouvoir tout décider du début à la fin. L’auteur indépendant peut choisir son graphiste ou son illustrateur, le correcteur avec qui il souhaite travailler, ses dates de sortie, sa mise en page, bref, absolument tous les aspects pour avoir le résultat final qu’il imagine. Et c’est vraiment chouette !

À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ?

 L’administratif ! C’est un enfer, dans ma vie professionnelle comme personnelle. Je frôle la phobie administrative et c’est aussi ce qui me limite dans cette voie.

Et puis la communication. Je ne sais pas vendre ce que j’écris. Parler des histoires des autres, les mettre en avant, aucun problème. Mais dès qu’il s’agit de partager ce que moi je fais, je dois me faire violence tant je suis peu confiante.

Quel type de lectrice es-tu ? 

De base, je suis une lectrice acharnée. Je me souviens encore du désespoir de ma maman en découvrant que les cinq livres que j’empruntais à la bibliothèque chaque samedi matin ne faisaient généralement pas quatre jours. Je ne compte plus le nombre de fois où, à l’adolescence, elle devait me tirer de ma chambre pour que je lâche mes romans. Et ces livres que j’ai relus plusieurs fois parce que, malgré notre bibliothèque personnelle plutôt riche, je n’avais plus rien de nouveau à me mettre sous la dent !

La lecture a été mon échappatoire pendant des années, celles où je me suis construite sur des bases bancales.

Arrivée à l’âge adulte, j’ai dû réduire le rythme, notamment à cause des études, puis pour laisser une place à l’écriture.

Puis, je suis devenue maman et le temps s’est encore réduit. De par mon métier, je lis tous les jours des romans à perfectionner et je peine à quitter le réflexe d’analyse quand je me plonge dans un roman déjà publié. Je tente, depuis peu, de reprendre la lecture détente chaque soir et je suis heureuse de renouer avec cette passion qui m’a tant aidée par le passé. Je sais que je ne redeviendrai jamais cette boulimique de livres que j’étais et ce n’est pas plus mal, mais j’aimerais ne plus laisser un jour passer sans avoir lu au moins un chapitre.

Dans ce numéro 13 de L’Indé Panda, tu nous présentes ton roman : Danse avec moi, peux-tu me raconter ce qui t’a inspirée ?

L’histoire de Danse avec moi est un peu compliquée.

Arrivée à un certain âge, j’ai eu besoin d’exorciser certaines douleurs du passé. J’ai grandi dans un contexte de violences conjugales, j’ai vu des choses qu’un enfant ne devrait jamais voir. J’ai enfoui ce traumatisme pendant des années et, à un moment, j’ai ressenti le besoin d’en faire quelque chose.

Parallèlement, j’ai eu envie d’écrire sur une passion qui m’a animée pendant quelques années : la danse. Et notamment le milieu du cabaret, que j’ai découvert à un moment et que j’ai adoré. Le côté libérateur que cet art a représenté pour moi m’a paru idéal pour contrebalancer la violence qui remontait à la surface. Ce thème a permis de m’apporter un peu de légèreté entre les scènes éprouvantes à écrire, de revivre des souvenirs doux pour compenser les difficiles.

 

Dis-moi, L’Indé Panda, c’est quoi pour toi ?

Une belle opportunité qui est offerte aux auteurs indépendants de se faire connaître. On sent qu’il y a un travail de qualité derrière, une envie de mettre des talents en avant, de les faire rencontrer leur lectorat, de leur donner une certaine visibilité.

L’initiative est géniale et je suis profondément convaincue que de belles âmes se cachent derrière ce recueil !

Pour finir, peux-tu me parler de ton actualité ? Une sortie récente, un projet sur lequel tu travailles ?

 Malheureusement, pas de sortie en vue avant 2025. Si l’envie d’écrire revient petit à petit, je ne me sens pas prête à me relancer dans un projet aussi colossal pour le moment.

Ma vie personnelle a rencontré quelques turbulences ces derniers mois, l’écriture est passée au second plan (à mon grand désespoir), mais je compte bien remonter en selle dans quelque temps, quand ma petite flamme redeviendra brasier et que je serai pleinement disponible mentalement pour donner vie à une belle histoire !

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