Au tour de Nicolas Chevolleau de répondre à nos questions. Merci à lui. Tu as été sélectionné pour ce second numéro avec ta nouvelle « Le petit chat est mort », peux-tu expliquer sa genèse ? Bonjour Panda, je suis ravi de répondre à tes questions. Mon petit chat est inspiré d’une tirade de « L’Ecole des femmes ». Le hasard a mis trois fois cette œuvre sur ma route l’été dernier. Autant de coïncidences ont fait tilt. J’aime beaucoup la sonorité des mots de Molière dans Le petit chat est mort. Leur simplicité est à la fois tendre et cruelle. J’ai trouvé qu’un tel titre conviendrait à un triangle amoureux sur lequel pèsent le spectre de l’adultère et le pardon. Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ? J’ai découvert récemment le terme de Littérature Blanche. Je crois qu’il convient assez à ma forme d’écriture, parfois froide et distanciée. Mes histoires mettent souvent en scène des situations de famille ou des émois sentimentaux entravés. La question amoureuse me passionne le plus. J’aime aussi les enjeux de la filiation. La mélancolie est le fil rouge de mon écriture. Bref, je suis un homme du réel qui écrit probablement comme il vit. Mais je reste un garçon fort sympathique et sociable dans la vie, hein ! Faudra passer à la maison prendre un café. Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ? Tard, à l’entrée dans l’âge adulte. J’ai connu l’échec scolaire au lycée. Il a donc fallu du temps avant que j’apprivoise ma relation à l’écriture. J’aimais les mots mais l’impression d’un désamour de leur part dominait notre relation. Du coup, j’ai tissé avec eux un lien complexe mêlé d’envie et de défiance. Aujourd’hui, notre relation est apaisée. Pour autant, si je m’adonne à l’écriture, je ne peux pas dire que j’en tire une totale sérénité. J’envie ceux qui s’épanouissent pleinement dans ce domaine. Ma première histoire ? La saga contemporaine d’une biscuiterie « La Francilienne » qui reprenait les éléments de notre roman national. J’ignore ce que j’en ai fait. Je crains d’avoir mangé les biscuits et jeté la boite ensuite ! Quel est ton rythme d’écriture ? Inégal. En 2016, mazette ! J’ai écrit comme jamais. Deux nouvelles dans l’année. Je n’avais jamais tenu un tel rythme ! Le plus souvent, c’est le grand calme. Comme tu vois, je ne suis pas un bourreau d’écriture. Au meilleur de ma forme, je n’écris guère plus de 500 mots dans une journée. Et après, je relis, je corrige. Puis je relis, je corrige. Enfin je relis. T’as vu, c’est fatigant comme phrase, hein ? Pareil pour moi quand je relis. Ça me prend des semaines. Alors, à la toute fin, je me repose. Et quand l’envie d’écrire me reprend… la saison a déjà changé la couleur des arbres. Le temps de l’écriture n’a décidément chez moi rien de réel. Comment construis-tu ton travail ? De la pire méthode qui soit : l’empirisme. Durant une vingtaine d’années, j’ai beaucoup écrit sur le mode documentaire, dans le cadre universitaire puis dans l’écriture d’articles à caractère historique. Tout n’était que rigueur, ordre et anticipation. Je ressentais le besoin de m’en détacher. Avec la fiction, j’ai voulu tenter une approche anarchique ou poétique de l’écriture : laisser venir les choses. Donc je ne construis rien. Généralement un mot entraîne une phrase puis un texte, etc. Ainsi se dessine une histoire, certes bancale mais toujours sincère. A chaque fois que j’ai élaboré un plan ou anticipé la fin d’une histoire, son dessein n’a pas survécu aux premières lignes de l’écriture. Plutôt nouvelle ou roman ? Les deux mon Capitaine. J’ai d’abord écrit quelques nouvelles. Puis commencé un roman majeur à l’heure actuelle inachevé. Puis achevé un roman mineur qui m’a donné satisfaction. Depuis quelque temps, je reviens à la nouvelle. Au-delà du format de la fiction, je compose des poèmes. Tout tient dans une économie de l’écriture. La redite ne sert à rien. Mes lecteurs ont une vie. Nous ne sommes que quelques heures dans leur emploi du temps. Dans leur cœur, en revanche, se joue l’imprégnation d’un texte. Lire, écrire, écouter de la musique, se nourrir d’art ou de nature, tout compte. L’écrit n’est qu’une voie dans l’accomplissement. Pourquoi être indépendant ? Pour filer l’image de Molière, je dirais que je suis le Monsieur Jourdain de l’autoédition. J’ai écrit un petit livre sans intention de le faire connaître. Puis on m’a encouragé à le diffuser. Je l’ai corrigé, mis en forme, illustré. Et hop direction l’imprimerie pour l’édition papier, et hop Amazon pour le vendre en numérique. Et là, coaaaaa ! Je découvre que je suis un auteur indépendant. Et là, recoaaaa, je trouve ça super chouette et agréable. En m’inscrivant sur les groupes d’entraide, je découvre un univers foisonnant avec une myriade d’auteurs et autant de béta-lecteurs ou chroniqueurs à leurs bons soins. Auteur indépendant, c’est donc ça ? Etre seul en famille. Ah ben oui, alors, je suis auteur indépendant et j’aime ça ! Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ? On regarde rarement l’autoédition sous le prisme de son système économique. En quelques années, la dématérialisation d’Internet a bouleversé la donne traditionnelle de l’édition. Avec un peu d’imagination, beaucoup d’inspiration et énormément de motivation, chacun peut s’affranchir des circuits établis. La libre circulation de la connaissance permet d’atteindre un lectorat à un coût modique pour l’auteur et dérisoire pour le lecteur. La clé tient dans cette modestie. Il ne faut jamais minimiser la contribution qu’un homme apporte à un système. Cette aventure de l’autoédition a aussi révisé mon jugement sur les croqueurs de culture que sont Amazon ou Google. En appliquant la théorie de la longue traîne, leur règle économique permet aux petits de se frayer un passage parmi les grands. Si ces grands loups n’existaient pas, les agneaux que nous sommes n’auraient pas davantage d’avenir auprès des éditeurs traditionnels. Je n’ai qu’un regret : l’économie de l’autoédition n’est pas consolidée au point de compenser la destruction lente de l’emploi dans le domaine de l’édition-impression-librairie. Je rêve d’un modèle économique solide… Poursuivre la lecture Interview Nicolas Chevolleau