Interview Camille Colva
Camille a accepté de répondre à nos questions. Merci à elle ! Tu as été sélectionnée pour ce quatorzième numéro avec ta nouvelle Corps étranger, peux-tu expliquer sa genèse ? J’avais écrit Corps étranger pour un concours de nouvelles qui avait pour thème « Sans complaisance ». L’idée de cette nouvelle m’est venue immédiatement en découvrant le thème : j’allais parler de tocophobie, la peur de la grossesse et de l’accouchement. C’est un sujet qui touche de nombreuses femmes, mais très peu abordé dans la littérature. Les femmes tocophobes, dont je fais partie, ont tendance à se sentir très seules car selon les injonctions de la société, nous devons aimer être enceintes et porter la vie, c’est un miracle, bla bla bla. Bien sûr, de nombreuses femmes aiment ça sans doute, et c’est très bien, mais ce n’est pas obligatoire ! J’ai notamment en tête une interview de Brigitte Bardot que j’avais vue sur les réseaux, qui avait avoué n’avoir pas du tout aimé sa grossesse. De nombreux commentaires la traitaient de « monstre ». J’avais trouvé cela très cruel. Malheureusement, je n’ai pas gagné le concours en question, mais j’ai reçu un message me disant que j’avais fini dans les cinq premiers. À titre personnel, j’aimais beaucoup cette nouvelle, je trouvais le thème important et je voulais qu’elle voie le jour d’une façon ou d’une autre, mais je ne savais pas comment. L’Indé Panda m’a permis de lui donner une seconde vie, c’est super ! Plus à l’aise dans un registre particulier ? De quoi aimes-tu parler dans tes histoires ? Mes histoires sont réalistes. Je ne vais pas dans les registres fantastique, fantasy… J’ai énormément de respect pour les auteurs qui le font mais moi, je n’ai pas l’imagination nécessaire pour imaginer tout un monde ! Et même si je suis une grande lectrice de thrillers psychologiques, je ne pense pas non plus avoir l’intelligence qu’il faut pour écrire un thriller bien ficelé. Je préfère m’inspirer de tranches de vie : la connerie humaine, c’est assez inépuisable comme source d’inspiration ! Quand et comment as-tu commencé à écrire ? Te rappelles-tu ta première histoire ? Oui, et c’est assez drôle ! J’avais huit ans, et j’ai écrit mon premier « roman » sur l’ordinateur de mon père. Il y avait un logiciel noir dessus, qui devait être l’ancêtre de Word (on m’a soufflé depuis que ça s’appelait sans doute MS Dos). Ce roman faisait tout de même quatre-vingts pages (ce qui n’est pas mal quand on a huit ans) et parlait d’une tueuse en série à Liverpool dans les années 1970. Pourquoi Liverpool alors que j’ai grandi en France ? Pourquoi les années 1970 alors que je suis née en 1990 ? Mystère… Cette tueuse en série aimait tuer des gens au hasard pour s’amuser, et un policier était chargé de la capturer. Seulement, il est tombé amoureux d’elle (car comment ne pas tomber amoureux d’une tueuse en série, n’est-ce pas…). Quand il a finalement réussi à l’avoir, elle ne voulait pas aller en prison, alors elle s’est suicidée. Et lui, comme il ne voulait pas vivre sans elle, s’est suicidé aussi. Plus je repense à cette histoire, plus je me dis que j’ai beaucoup de chance de l’avoir écrite dans les années 1990, où les parents étaient plus « chill ». Si j’étais née dix ou vingt ans plus tard, j’aurais fini chez le pédopsychiatre ! Quel est ton rythme d’écriture ? Au risque d’effrayer les puristes… je n’en ai pas ! J’ai essayé d’être le genre d’autrice disciplinée qui écrit forcément un chapitre par jour. Mais je crois que ça ne me correspond pas. Je peux écrire vingt mille mots en un week-end ou ne rien écrire pendant six mois, ça dépend. Comment construis-tu ton travail ? Je suis jardinière à fond ! Je note quelques idées de départ, mais en général, j’ai plutôt tendance à foncer. Souvent, je connais le début et la fin de mon roman, mais pas vraiment la façon dont je vais aller du point A à un point B. Un peu comme ces jeux de labyrinthes qu’on trouvait dans les paquets de céréales quand on était petits, vous voyez ? Plutôt nouvelle ou roman ? Alors, les deux ! J’adore écrire des romans, mais les nouvelles me permettent d’aborder des thèmes variés dont je n’ai pas forcément envie de faire des romans. Par exemple, l’histoire de Tess dans Corps étranger s’adapte parfaitement au format nouvelle. Être sur quelque chose de court me permet aussi d’éviter les recherches qu’un roman nécessite impérativement. L’histoire de Tess se passe à Memphis, aux États-Unis, où je n’ai jamais mis les pieds. Si j’avais voulu écrire un roman qui se déroule dans cette ville, j’aurais dû me renseigner énormément dessus. Là, comme je ne parle pas vraiment du lieu, il m’a suffi de chercher une photo sur Google Images. Pourquoi être indépendante ? À la base, j’ai choisi le statut un peu par défaut, car j’ai eu des refus des maisons d’édition. Mais je savais que mes histoires méritaient d’être lues et qu’elles allaient trouver un public, si petit soit-il, même si elles ne correspondaient pas forcément aux standards des ME à un instant T. Quand j’ai entendu parler de l’auto-édition, j’ai compris que c’était une bonne solution pour moi. Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce statut ? Je ne vais pas être très originale : la liberté ! Je peux écrire ce que je veux et ce qui me correspond, sans nécessairement chercher à plaire à un éditeur. Je fais également faire mes couvertures en peinture par Hugo Gourmaud, un jeune dessinateur à Colmar. Beaucoup de maisons d’édition font de moins en moins de recherche sur les couvertures, certaines mettent une photo (même s’il y a, évidemment, toujours des exceptions). Je peux aussi écrire selon mon rythme, et je me dis que si je n’écris rien pendant deux ans, ce n’est pas grave, personne ne va me harceler ! À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus dur pour toi ? Se faire connaître ! En auto-édition, on n’a pas la possibilité de se payer une jolie publicité dans le métro, comme Marie Vareille ou Maud Ventura. On compte beaucoup sur le bouche-à-oreille. Il