Cyrille ayant déjà répondu à une interview « classique », il va se prêter au jeu du portrait chinois. Merci à lui.
Si tu étais un style ou un genre littéraire ?
Je n’ai pas trop envie de me restreindre à un seul genre. Alors, je dirais que les ingrédients tels que mystère, aventure, et surtout suspense, sont indispensable à tous mes écrits et lectures. Et si on peut y rajouter quelques touches d’humour, c’est encore mieux.
Si tu étais un art ?
J’ai toujours été passionné par la peinture, mais mon talent dans ce domaine étant en dessous de zéro, je dois me contenter de regarder ! Je peux tomber en admiration béate devant une toile dans un musée. Et puis, bien souvent, quand on creuse, l’histoire d’un tableau est aussi géniale que le tableau lui-même !
Si tu étais un livre ?
Comme j’aime bien faire mon malin, je dirais le diptyque « Le secret de la Licorne/Le trésor de Rackam le Rouge » par Hergé. Il regroupe tous les éléments essentiels que j’ai déjà cités. Tout le monde a en tête plusieurs scènes inoubliables de ce sommet de la BD. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher d’y glisser un petit hommage dans mon dernier roman, « La porte des lions ».
Si tu étais une émotion ?
La surprise, sans hésiter. C’est vraiment un des aspects majeurs sur lesquels je me focalise quand j’écris. Je cherche vraiment à étonner le lecteur, à imaginer des scènes qu’il n’oubliera pas de sitôt. Si je voulais faire de la psychologie de bas étage, je dirais que c’est probablement pour compenser ma vie pépère dans laquelle j’ai beaucoup plus de mal à surprendre ou être surpris.
Si tu étais un animal ?
Je n’en ai pas la moindre idée, mais pour coller à mon actualité, je dirais un lion.
Aviez-vous remarqué que le lion est probablement l’animal le plus représenté en sculpture ?
Si tu étais un végétal ?
Au fait, je crois que j’ai complètement oublié de vous dire que je déteste les portraits chinois !
Un végétal ? Qu’est-ce que j’en sais, moi ??
J’aurais bien une réponse à vous proposer, mais elle est encore plus nulle que la précédente…
Tant pis, je me lance. Je dirais donc la « queue de lion » !
Comment ? Vous ne connaissez pas ? Dans ce cas, je vous invite à suivre ce lien.
Et en plus, vous n’allez pas me croire, mais dans mon bouquin, il y a vraiment une scène qui parle de queues de lion. Si si, je vous jure !
Si tu étais un sens ?
Celui qui me paraît le plus indispensable est la vue. Pour lire, pour contempler des œuvres d’art, mais aussi pour admirer de jolies femmes…
Oups ! A-t-on toujours le droit de dire ce genre de chose aujourd’hui ?
J’en profite pour vous donner un truc que j’utilise pour juger si un de mes dialogues est trop sexiste ou inapproprié. C’est très simple : quand un homme fait une remarque à propos d’une femme, j’inverse la scène et je me demande ce qu’on penserait si c’était la femme qui disait la même chose d’un homme. Le contrepoint est souvent très révélateur…
Mais en fait, ce qui est terrible, c’est d’en être arrivé à se poser ce genre de questions. Est-ce qu’on va reprocher à Franck Thilliez que l’un de ses personnages soit un tueur en série qui torture ses victimes ? Non. Par contre, on se plaint que Blanche Neige fasse le ménage dans la maison des sept nains ! Personnellement, si je débarquais sans prévenir dans la maison de sept naines et qu’elles acceptent de m’héberger gratis pendant qu’elles triment toute la journée, ça me paraîtrait plutôt logique de m’occuper des tâches ménagères… On marche sur la tête !
La relecture d’œuvres en les sortant de leur contexte m’exaspère. Oui, « Tintin au Congo » est de la propagande colonialiste et évangéliste, mais c’était totalement assumé par Hergé au moment de sa création, en 1930, puisque c’était une demande explicite du père Wallez, directeur du « Petit XXe », le journal dans lequel était publié Tintin. Et donc, oui, forcément, de notre point de vue actuel, c’est raciste. Et non, personne ne trouvait rien à redire, dans les années 30, sur le massacre des animaux sauvages (cf. la scène du rhinocéros et celle des gazelles). Il se trouve qu’aujourd’hui, les mœurs ont changé et c’est tant mieux, mais Hergé s’est inscrit dans SON époque qui n’est pas la nôtre. Alors, je veux bien qu’on mette un bandeau d’avertissement pour les jeunes qui ne disposent pas de cette information de contexte. Mais ensuite, soit on s’adapte à SON époque pour lire SON album, soit on ne le lit pas et on ferme sa gu… Et surtout, surtout : on n’empêche pas les autres d’utiliser leur cerveau pour se faire leur propre opinion !
Et, tant que j’y suis, j’en profite pour préciser une fois pour toutes que je refuse que quiconque modifie mes textes après ma mort pour les adapter à la bien-pensance des temps futurs ! (dixit le type qui croit vraiment qu’il y aura toujours des gens qui liront ses bouquins dans cinquante ans…)
Bon allez, j’arrête : je crois que ça commence à se voir que je détourne les questions pour dénoncer ce qui me tient à cœur !
Merci Cyrille. Nous allons maintenant te poser quelques questions concernant tes écrits découverts dans ce numéro :
Tu as été sélectionné pour ce treizième numéro avec ta nouvelle Ticket gagnant, peux-tu expliquer sa genèse ?

J’ai écrit cette nouvelle à l’été 2017 dans le cadre d’un concours dont le thème était « Chance(s) ». Au départ, je voulais écrire une histoire basée sur le combat que mène Robert Riblet, depuis de nombreuses années, contre la Française des Jeux. Il dénonce le fait que les gains des jeux de grattage ne sont pas répartis de façon aléatoire car il a démontré qu’il n’y a qu’un seul gros gain par carnet de tickets fourni au revendeur. Au final, l’histoire a complètement divergé et n’a plus rien à voir avec mon idée initiale (qui était d’ailleurs très mauvaise), mais j’ai quand même tenu à garder une allusion à cette affaire.
Tu nous présentes le tome 2 de La Mémoire de l’art : La Porte des lions, peux-tu nous raconter ce qui t’a inspiré ?
J’avais passé beaucoup de temps sur la structure du premier tome pour me calquer sur celle du « Da Vinci Code ». Pour ce tome 2, j’ai souhaité me rapprocher de l’esprit des diptyques de Largo Winch qui se fourre toujours dans une situation inextricable à la fin de la première partie et qui parvient toujours à s’en sortir de façon spectaculaire dans la seconde. Jean Van Hamme fait clairement partie de mes références pour ce qui est de bâtir une intrigue efficace.
J’y ai ensuite intégré l’histoire extraordinaire de « L’adoration de l’Agneau mystique ». Il s’agit sans conteste d’une des œuvres les plus importantes de l’histoire de l’art. Pourtant, elle reste très peu connue en France, alors qu’elle est célébrissime en Belgique ou aux Pays-Bas. Je suis d’ailleurs très heureux de pouvoir contribuer à la mettre en lumière à mon modeste niveau.
Et, avant de tout secouer, j’ai rajouté des méchants issus du monde politico-financier de façon à dénoncer un certain nombre de choses qui m’horripilent depuis ce funeste 14 mai 2017. Mais rassurez-vous, j’ai essayé d’être le plus subtil possible : il s’agit avant tout d’un thriller rempli d’aventure, de mystère, de suspense et d’humour ! Je me répète, non ?
Pour finir, peux-tu me parler de ton actualité ? Une sortie récente, un projet sur lequel tu travailles ?
Alors, vu que c’est pour L’Indé Panda, et pour me faire pardonner d’avoir un peu détourné vos questions, je veux bien me laisser aller à quelques révélations 100 % exclusives !
Tout d’abord, j’ai commencé à réfléchir au tome 3 de « La mémoire de l’art » qui va clôturer la trilogie. Il s’intitulera « Le scarabée d’or » (petit hommage à Edgar Poe) et se déroulera principalement en Égypte. Mais j’ai aussi envie d’écrire des romans plus courts, car deux ans et demi pour mener à bien un projet, c’est vraiment long. En parallèle, j’ai donc aussi commencé à travailler sur un roman policier que je compte sortir avant l’été 2025. Et ensuite, une fois la trilogie principale de « La mémoire de l’art » terminée, je n’ai pas du tout envie d’abandonner mes personnages : je les aime trop ! Je compte donc proposer des sortes de carnets secrets qui raconteront chacun une enquête liée à l’univers d’un artiste (un peu comme la magnifique série de France 2, « L’art du crime »). J’ai déjà des idées pour Ingres, Delacroix, Picasso…
En y réfléchissant, je crois bien que j’ai des projets pour les vingt prochaines années !