Catherine ayant déjà répondu à une interview « classique » et à un portrait chinois, nous lui posons quelques questions sur ses lectures. Merci à elle.
Quel est le livre qui t’a le plus effrayée ?
1984, de George Orwell. Je l’ai lu à l’adolescence et la société qui y est décrite m’avait glacée. Mais je crois que le plus effrayant, c’est qu’aujourd’hui, on a l’impression que certains dirigeants y ont vu non pas une dystopie, mais un mode d’emploi.
Le livre qui t’a fait pleurer ?
Oh là là, ce serait beaucoup plus rapide de répondre à la question inverse : quel est le livre qui ne m’a pas fait pleurer ? Sincèrement, je pleure tellement facilement qu’il faut vraiment qu’il n’y ait pas la moindre émotion dans un texte pour que ça ne me tire pas au moins une petite larme à un moment ou à un autre… Mais bon, si on se limite aux livres que j’ai lus en 2026, ceux qui m’ont le plus fait pleurer, ce sont La Dernière Allumette, de Marie Vareille, Les Oubliés du dimanche, de Valérie Perrin et L’Été où tout a fondu, de Tiffany McDaniel (c’est terrible, même en me restreignant à 5 mois de lecture, ça ne suffit pas à limiter ma réponse à un titre unique 😅).
Quel livre ou auteurice t’a donné l’envie d’écrire ?
Maurice Leblanc. J’ai dévoré (plusieurs fois) tous les Arsène Lupin quand j’avais 8-12 ans. J’étais complètement fascinée par le personnage. Ça m’a donné envie de devenir autrice « quand je serais grande », pour faire rêver à mon tour des enfants en manque d’amis.
Ton livre de chevet ?
Au sens littéral, c’est ma liseuse. Elle est toujours posée sur ma table de chevet, je lis chaque soir avant de m’endormir. Au moment où je réponds à cette interview, je suis plongée dans Écoutez-moi jusqu’à la fin, de Tess Gunty, un roman choisi un peu par hasard, mais qui se révèle une très belle surprise.
Au sens figuré, je n’ai pas de livre de chevet. Cela fait des années que je ne relis plus de titres que j’ai déjà lus : j’ai beaucoup trop de livres que je n’ai pas encore lus et beaucoup trop peu de temps à disposition pour ne pas culpabiliser si je cédais à l’envie de relire, même des textes que j’ai adorés (il faut dire que j’ai tendance à culpabiliser très facilement, au moins autant que je pleure).
Le livre que tu as le plus lu, relu et re-relu ?
Le Jardin secret de Frances Hodgson Burnett, je pense. Je l’ai lu un nombre incalculable de fois quand j’étais enfant. C’était très frustrant, d’ailleurs, parce que je ne l’avais pas chez moi, donc je devais l’emprunter à la bibliothèque municipale pour le relire, et je me souviens des « encore ?!! » mi-ahuris, mi-amusés de ma mère à chaque fois qu’elle devait le repasser sur la carte. Et aussi de mon immense désarroi quand quelqu’un d’autre que moi avait – sacrilège ! – osé l’emprunter.
Si tu ne devais en garder qu’un seul ?
Ah non, mais qui a pondu une question pareille ? C’est d’un sadisme… A Prayer for Owen Meany, de John Irving (traduit sous le titre Une prière pour Owen) – en anglais, oui, parce que je ne l’ai qu’en anglais. Le livre qui m’a le plus époustouflée et bouleversée de tous ceux que j’ai lus, je crois. Comme ça, je pourrais le relire sans culpabiliser. (Mais en réalité, je garderais surtout ma liseuse, hein. Qui contient quasiment toute ma bibliothèque. C’est bien là l’un des grands avantages de lire en numérique !)
Et le livre ou l’auteur que tu n’as pas supporté ?
Freida McFadden. À force de la voir caracoler en tête des ventes de livres, j’ai eu envie d’essayer de comprendre par moi-même ce qui fait son succès. J’ai donc emprunté un de ses romans (La Femme de ménage voit tout, parce que c’est celui qui était disponible quand j’ai fait mon emprunt). Honnêtement, si je n’avais pas su qu’elle écrivait des best-sellers, si j’avais juste ouvert le livre au hasard de mes déambulations en librairie, j’aurais lu le premier paragraphe et je l’aurais reposé direct. Là, j’avais vraiment envie de comprendre, donc j’ai réussi à tenir 3 chapitres. Puis j’ai abandonné. Pourtant, je n’abandonne jamais mes lectures, ça me fait culpabiliser. (J’ai déjà dit que je culpabilisais facilement ?) En général, je ne me lance pas si, dès le début, je n’accroche pas au style.
Eh bien voilà. Je n’accroche pas du tout au style de Freida McFadden. Je suis incapable de me forcer à lire ce qu’elle écrit. Tant pis pour moi, je ne comprendrai jamais ce qui fait que ses livres plaisent autant à un si grand nombre de personnes…
Merci Catherine. Nous allons maintenant te poser quelques questions concernant tes écrits découverts dans ce numéro :
Tu as été sélectionné pour ce quinzième numéro avec ta nouvelle Le Chien, quelle est sa genèse ?
J’ai écrit Le Chien il y a plusieurs années déjà, en réponse à un appel à textes de science-fiction sur le thème de l’obsolescence. Je trouvais amusant d’écrire une nouvelle dans laquelle l’être humain, qui a vite tendance à considérer ce qui l’entoure comme purement utilitaire et donc obsolète dès que ça ne répond plus à ce qu’il en attend, se trouve lui-même placé dans cette position-là. Et de montrer qu’au fond, il a vraiment beaucoup à apprendre de ce qu’il méprise, que ce soient les plantes, les animaux, les éléments… (en l’occurrence, dans ce texte, un animal : le chien).
Tu nous présentes ta nouvelle Enfin arrivées, peux-tu nous raconter ce qui t’a inspirée ?
Là encore, il s’agit d’un texte écrit en réponse à un appel à textes : celui-ci visait un public jeunesse (à partir de 8 ans), sur le thème de la surprise. Alors, je ne sais pas si d’autres enfants que les miens l’ont lu, mais des adultes, oui, et j’ai eu de leur part d’assez nombreux retours qui allaient tous dans le même sens pour me dire que le texte les avait beaucoup émus.
La nouvelle est très courte, difficile donc d’en parler sans spoiler, mais ce que je peux dire, c’est que le texte a été écrit au printemps 2024, avant les JO de Paris, quand les autorités vidaient la capitale de ses sans-abris, pour contrôler l’image de la France renvoyée par les écrans du monde entier, et que c’est cet acte politique révoltant qui m’a inspirée.
Pour finir, peux-tu nous parler de ton actualité ? Une sortie récente, un projet sur lequel tu travailles ?
Je n’ai rien de prévu en autoédition ces temps-ci. J’admire les personnes qui arrivent à tout porter seules ; moi, je me rends de plus en plus compte que je n’ai pas l’énergie suffisante et que j’ai vraiment besoin de l’appui de maisons d’édition pour ne pas m’épuiser si je veux continuer à écrire et publier.
Donc, côté publications, j’ai une nouvelle à l’unité qui est sortie en début d’année aux Éditions 1115 (Anaica, un mélange de fantastique et de steampunk), et j’ai reçu récemment une excellente nouvelle pour Cercueil et préjugés, mon roman sorti il y a bientôt un an aux Éditions Alter Real : il est finaliste du Prix des Auteurs Inconnus 2026 dans la catégorie romance 😊.
Et côté écriture, je travaille (lentement) sur le premier jet d’un thriller dystopique Young Adult.